On se rend compte de l’intensité l’onde de choc qui résonne aujourd’hui en France, entre autre dans le nombre et le ton des e-mails reçus de nos amis, de notre famille. Les questions sont les mêmes : Comment vivez-vous cette crise, là-bas à Hanoi ? Arrivez-vous à vous tenir au courant ? Etes-vous aussi secoués que nous ou bien la distance diminue la gravité de ce qui se passe ?
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Le World Trade Center et le thé à Jéricho.


message reçu le 27 septembre 2001


 

On se rend compte de l’intensité l’onde de choc qui résonne aujourd’hui en France, entre autre dans le nombre et le ton des e-mails reçus de nos amis, de notre famille. Les questions sont les mêmes : Comment vivez-vous cette crise, là-bas à Hanoi ? Arrivez-vous à vous tenir au courant ? Etes-vous aussi secoués que nous ou bien la distance diminue la gravité de ce qui se passe ?

J’ai vu du monde s’attrouper autour de la télévision de l’accueil de l’Alliance Française, pour le flash info de 1h sur TV5, mercredi 12 septembre. Et c’est les yeux écarquillés que j’ai vu l’impact de l’avion s’écrasant dans la 2e tour du World Trade Center, suivi des scènes de joie dans les rues de Naplouse, et de quelques interviews de parisiens pas très dégourdis qui disaient " Ha ben oui, quand on regarde la tour Montparnasse maintenant, ça fait peur ! ". Inutile de préciser que tout le monde était abasourdi… Un français déjà au courant depuis la veille me racontait les différentes attaques et les images se surimprimaient pour former quelque chose de vraiment terrifiant. Les gens autour de moi étaient presque exclusivement Français (quelques uns sortaient de leur cour de vietnamien, d’autres passaient par là), et je ne me rappelle pas avoir vu des Vietnamiens regardant ce flash info. L’événement semble beaucoup plus lointain pour eux que pour nous, mais le barrage de la langue rend peu fiable l’avis que je peux donner.

Nous n’avons pas la télévision dans notre appartement, nous sommes allés voir un soir CNN (jeudi 14) chez un copain, je capte quelques bribes d’images quand je passe à l’Alliance F., nous écoutons la BBC à la radio, et bien sûr il y a Internet : le Photo galery du Nouvel Observateur, les articles du Monde, etc… Nous sommes donc au courant mais pas du tout inondés d’images, de flash, d’opinions, comme vous devez l’être. La vie continue dans la rue, au travail comme si rien ne s’était passé. On en parle parfois avec des étrangers vivant ici, on s’échange quelques informations, les gens (Français) se foutent de la gueule de Bush qui parle d’une lutte du Bien contre le Mal, ils gardent beaucoup de recul face à l’ébullition américaine.



J’ai vu quelques secondes d’images filmées en Afghanistan, les hommes en turbans et djellabas marchant dans les rues, donnant leur avis au journaliste, les femmes en purdah, lointaines et muettes. Nous n’avons pas traversé ce pays mais ces images, ces visages typés, la coupe des vêtements, m’ont paru tellement proches de ce que l’on a vu dans la région de Quetta au Pakistan que cela m’a troublé. Je me suis dit que si on n’avait jamais fait ce voyage, elles n’auraient été que des carrés froids, représentant un Ailleurs nébuleux quelque part vers  " là-bas ", alors qu’aujourd’hui, elles signifient vraiment quelque chose pour moi.

Cette avalanche de fanatisme me fait repenser à quelques scènes de notre voyage. L’une est déjà racontée sur le lien " Tabriz " du site, lorsque nous avons étés témoins de la procession de deuil dans le bazar. Le souvenir de ce ces hommes en transe, se flagellant et éclatant en sanglots me fait toujours froid dans le dos quand j’y repense. J’ai eu l’impression de voir pour la première fois un Islam vraiment fanatique. Une violence palpable agitait ce bazar et rebondissait sur les murs de brique, et nous faisait trembler derrière la porte de ce marchand de tapis.

Mais en même temps, je me rappelle de la qualité de l’accueil que nous avons eu dans tous les pays Arabes traversés. Les Musulmans savent donner une vraie place à l’Etranger, leur hospitalité nous a souvent décontenancé et nous nous sommes dit plus d’une fois que nous avions beaucoup à apprendre d’eux. Sur le site, nous avons parlé de Mohammed en Syrie, par exemple, mais nous n’avons pas raconté l’anecdote de Jericho, qui me semble importante aujourd’hui où les gens " raisonnables " nous disent que les espoirs de paix au Proche-Orient et dans le monde sont idéalistes.

C’était pendant le Ramadan de l’hiver 1999-2000, qui a vu des pourparlers de paix s’ouvrir entre Israël et la Syrie. Nous revenions d’un Week end au bord de la mer morte, Maïr, Cléa et moi, et sur le chemin de Jérusalem, nous avons décidé de nous arrêter à Jéricho (en Territoire Palestinien autonome) pour visiter une vieille synagogue dont le sol de mosaïque (de quel siècle déjà ?) avait été particulièrement bien conservé.

Des policiers Palestiniens montaient la garde à l’entrée car une Yeshiva (école talmudique) avait été ouverte au premier étage de la synagogue. Nous n’avions plus que quelques Shekels en poche et nous mourrions d’envie de boire un thé dans une échoppe comme il y en a des dizaine là-bas.

Le palestinien qui vendait les tickets nous a annoncé le prix : Nous n’avions pas assez pour acheter trois tickets et boire trois thés par la suite. Nous avons essayé de marchander : " S’il vous plaît, faites nous un prix, on a tellement envie d’un petit thé, il fait tellement chaud, etc… " La conversation se déroulait en hébreu. Il fut intraitable sur le prix des billets mais nous proposa de nous faire lui-même un thé quand nous sortirions de la synagogue. " Chez nous on sait recevoir ! " dit-il. Et il avait raison.

En sirotant ce thé fort et sucré, les appels à la prière ont résonné des mosquées des alentours, c’était le coucher du soleil. Les policiers nous ont alors proposé de partager leur repas, leur tente était au bout du parking et ils étaient 6 à dîner, pour rompre le jeune de la journée.

Chacun savait qui était l’autre et ce qu’il représentait, c’est pourquoi ces invitations ont été pour nous plus précieuse que tout, elles étaient porteuses de tant d’espoirs. Et elles le sont toujours si on veut voir plus loin que les bombes terroriste, les kamikazes et les appels au meurtre.

Ce n’est qu’une petite anecdote, mais j’aime m’en souvenir quand je vois les échecs se succéder, et la folie prendre le dessus.

 

Marie-Do





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