|
|
|||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||
|
![]() Plaisirs quotidiens |
||||||||||||||
Hier, je suis allé dans un hammam qui fut utilisé par la communauté juive pour ses bains rituels. Chaque hammam est un joyau, un plaisir, une horizontalité dans une vapeur chaude et humide, une heure et demie de farniente complet. Un autre plaisir est que cela me donne le temps d'écrire. S'il n'y a rien sur notre site sur Chypre, c'est parce que je travaille sur un article à propos de cette île, lequel, lorsqu'il sera fini, pourrait être choisi par quelqu'un qui aurait le bon goût de le publier... Les autres " plaisirs " Une chose étrange dans les voyages est d'avoir à s'adapter à d'autres cultures sans avoir le recours du langage. On apprend à parler avec ses mains et on est complètement dépendant du langage du corps des autres. Il n'y a rien de plus horripilant que d'essayer d'obtenir des informations vitales d'un Turc qui ne parle pas avec ses mains ; les mots coulent vers vous, ses yeux et nos oreilles se désespèrent de tant de non-compréhension, sans qu'il lui vienne à l'esprit que quelques gestes suffiraient. Les femmes sont beaucoup plus douées que les hommes à ce jeu, mais à cause de la nature macho de la société, on ne peut pas attendre des femmes qu'elles connaissent l'emplacement de la prochaine station essence... Dans les sociétés islamiques, même une société aussi moderne qu'en Turquie, les hommes et les femmes sont coupés les uns des autres à un point désolant. Les hommes sortent avec les hommes, s'assoient ensembles pour boire des thés en fumant des Marlboro 100, les filles restent à la maison, leur tête voilée d'un foulard. Dans les quartiers étudiants des grandes villes c'est différent, les jeunes se mélangent. Ils ont tellement raison ! Donnez l'opportunité à une fille Turque de s'habiller un peu et elle fait des étincelles ! Parfois, les hommes sont terriblement bornés et le peu de langage des signes qu'ils connaissent peut être horripilant. Je veux parler, bien sûr de l'omniprésent 'Yok'. Yok (prononcez 'Yoook') veut dire, " il n'y en a pas ", c'est pluriel ou singulier, et accompagné d'un coup de menton ascendant (les yeux au ciel) et d'un petit claquement de langue contre les dents de devant ('tsss'). Quand on va dans un magasin et que l'on demande quelque chose, le Yok et le geste associé vous fait supputer que le commerçant veut dire " allez voir ailleurs ", ou " allez vous faire foutre et laissez moi tranquille ", cela dépend de l'ampleur du coup de menton. Si on y est pas habitué, cela peut réellement faire sortir de ses gonds, comme la fois où je suis entré dans un magasin pour demander la direction d'un temple Romain et qu'ils ne m'ont pas compris. Yok, va voir ailleurs, va te faire voir, j'ai pas que ça à faire. Yok, bien sûr ne veut rien dire de la sorte. Cela veut juste dire " il n'y en a pas ", et toute mauvaise interprétation n'est que le fruit de notre imagination ou de notre fatigue... Dans les pays Arabes, le geste le plus énervant est celui qui accompagne le mot " Chouuu ? ". C'est une question, signifiant 'Quoi où pourquoi comment ?', accompagnée de la main droite ouverte vers le haut, tournant à partir du poignet dans le sens des aiguilles d'une montre, mais très, très vite. L'intéressé ouvre également grand ses yeux pour exprimer l'étonnement. L'effet global est qu'il a l'air d'un parfait idiot, même si c'est un prix Nobel. Souvent, Marie-Do et moi nous lançons des " Chouuu ? ", juste pour rigoler. Il y a aussi dans les pays Arabes ou en Israël le " chwaya", ou " Rega " en Hébreu. Cela veut dire 'Attends une seconde, laisse moi respirer, ça sera vraiment pas long'. Pour les Arabes, c'est les cinq doits réunis vers le haut. L'avant bras est ensuite balancé de haut en bas par une articulation du coude. Si l'interlocuteur a une très bonne raison de vous faire attendre, il ouvrira ses doits après une seconde, comme une fleur. En Israël, le geste est plus énergique, avec juste les cinq doits. Personnellement, je trouve que c'est un geste très pratique, mais quand je le fais à Marie-Do, ça la rend folle. Ah, the French ! Très bizarrement, le même geste (plus lent) en Turquie exprime l'admiration et la beauté. Le café du matin. Il y a autre chose qui peut vous rendre fou quand vous voyagez : le café du matin. C'est une chose très personnelle et personne n'est à blâmer. Cela vous rend tout simplement fou. Le matin, les Arabes boivent du thé et les Américains boivent du pipi de chat brun foncé. Les Européens boivent un crème ou un café noir ayant beaucoup de corps, et les Israéliens boivent quelque chose appelé " bots ", qui veut dire en hébreu " boue ". Avant de quitter la France, patrie du bon café, nous avions acheté une petite cafetière italienne expresso, parfaite pour notre café au lait matinal. Pour l'utiliser lorsqu'on est dans un hôtel, il faut la remplir dans la chambre puis trouver la cuisine, négocier l'utilisation de la cuisinière, et, pire que tout, engager une conversation-pré-caféïenne, en attendant que la cafetière se mette à bouillir. Ensuite il faut porter le maudit truc, bouillant, fumant et débordant sur trois ou quatre étages, jusqu'à votre bien-aimée qui en a profité pour faire des tartines. Une solution délicieuse mais loin d'être parfaite. La partie la plus pénible est que les gens pensent qu'étant donné que vous êtes dans la cuisine à attendre l'ébullition de votre satanée cafetière, vous ne pouvez être ignoré. La conversation est maintenue à tout prix, même si vous ne souhaitez qu'une chose : être ignoré, justement. La rareté du système italien dans ces pays amène milles questions, et il faut y répondre les yeux bouffis de sommeil, en faisant voleter ses mains autour du machin pour imiter l'eau qui boue, l'endroit où on met le café et tout le tintouin... Ce qui nous amène à la solution du bots. Tout d'abord, il est très difficile de trouver par ici du café moulu à la bonne taille pour notre cafetière (excepté dans un immense supermarché construit sous une Moquée à Ankara. Des détails dans une autre rubrique). Donc on fait des bots. La recette : prenez du café Turc (très fin), ajoutez de l'eau bouillante, et c'est tout ! Il faut un certain temps pour s'y habituer mais cela donne le coup de fouet approprié du matin. A cet effet, nous avons acheté une petite résistance que l'on plonge dans une tasse d'eau froide. Tout ce dont on a besoin est une prise. Il faut bien sûr négocier la chambre d'hôtel sans le petit déjeuner. Mais lorsqu'on est obligé d'accepter le petit-déjeuner, là commencent les problèmes... car le seul café qu'ils savent faire est un ersatz de Nescafé, qui est un sort pire que la mort. C'est à ce moment là que Marie-Do me demande, moi son héros, d'entrer en action. " S'il te plaît, " dit-elle, avec ses grands yeux de biche suppliants, " va dans la cuisine et fais nous du bots ". Le cauchemar commence. Dans la cuisine, je demande du café Turc. Ils ne comprennent pas. Du café Turc ? Très bien. Le finjan apparaît subitement et ils sont prêts à faire un café épais comme de l'huile ( la recette : mettre une bonne dose de café dans le finjan, ajouter de l'eau et faire bouillir trois fois). Non, non, non, laissez-moi faire. La vue d'un client travaillant dans la cuisine est insupportable, il faut donc, les yeux encore rougis, les forcer à vous laisser tranquille ; mais il volettent comme des oies essayant d'aider quand la dernière chose dont on a besoin, c'est justement de l'aide. L'apothéose vient lorsqu'il faut verser l'eau bouillante sur le café Turc. La dernière fois, c'était dans un merveilleux hôtel à Safranbolu (l'Hôtel Hatice Hanim Konagi, telephone : 0 370 712 75 45. Demandez la chambre 116). Quand les deux garçons m'ont vu verser l'eau sur le café, ils ont poussé des cris scandalisés et ont même essayé de m'arrêter ! Tout cela s'est bien sûr produit à travers la Jordanie, la Syrie et la Turquie. Le Cockroach Hilton (Le Hilton des Cafards) Le vieil hôtel ottoman à Safranbolu était une exception. De charmantes petites fenêtres donnant sur une rue calme bordée de maisons à colombages. Il y avait une cheminée de plâtre blanc encadrée de niches de bois. Nous y avons placé nos tout nouveaux bougeoirs de bronze, des bibelots pour touristes mais tellement beaux ; il faut allumer la bougie placée à l'intérieur, fermer la petite porte de bronze et des ombres chaudes envahissent la pièce. Des tapis de laine recouvraient le parquet. Un paradis ! On doit tous mourir un jour, disions-nous en arrivant dans la chambre, alors pourquoi ne pas aller au paradis aujourd'hui ? On s'est vraiment fait plaisir, parce qu'en attendant nos visas, argent, carnet de route à Ankara, on loge au Cockroach Hilton. En fait, l'endroit est très propre, il est juste infesté. On a mis des pièges dans notre chambre, le genre qui empoisonne la bête avec juste assez de poison pour qu'il puisse retourner chez ses potes, mourir dans leurs bras et infecter toute la tribu. Donc, au lieu de les voir courir sur le sol en allumant la lumière, on les retrouve retournés sur leur dos graisseux. A part ça, c'est un endroit très bien. Personne ne parle anglais mais on se débrouille pour communiquer, et puis il y a une cuisine en bas qu'on peut utiliser. Dans la pièce commune, la télé bourdonne jour et nuit ; le veilleur de nuit y reçoit ses copains, ils boivent du thé et fument des cigarette Turques jusqu'à qu'ils n'aient plus le choix que de retourner chez eux et voir leur femme. Il y a quelques plantes en pot dans la pièce mais c'est groso-modo un grand cube de ciment vide. Pas vraiment un endroit où il fait bon traîner. On a trouvé l'hôtel en découvrant le quartier, Samanpazari, où nous cherchions l'ancienne synagogue au cour de ce qui fut un quartier juif. J'ai d'ailleurs eu la chance d'entrer et de prendre part au service dans cette synagogue toujours fermée, le premier jour de Pâques. Il n'y avait pas de Minyan (mynian yok !) et c'était un peu triste de voir cette magnifique structure presque vide. Debout, avec 7 autres hommes sans livre de prière, c'était difficile d'imaginer la vie de cette grande communauté qui pris racine ici après l'exil d'Espagne. Le quartier est fantastique, rien à voir avec l'Ankara néo-fasciste. Il est sillonné de petites rues bordées de maisons en ruines, un ancien caravan-sérail près de la citadelle sert de toilettes publiques, les boutiques débordent d'antiquités, de tapis, de bibelots. Il y a aussi près de la synagogue l'ancien mikveh, aujourd'hui utilisé comme bain Turc. Pour 2 000 000 de Livres Turques, bien moins que cela ne paraît, on peut se faire propre et se relaxer. Maïr et Marie-Do |
|||||||||||||||
| Retour à la page précédente | |||||||||||||||
votez pour ce site au weborama |
| |
||
| © eastofeden.com.fr - tous droits réservés eastofeden 1999/2005 - All rights reserved eastofeden 1999/2005 | ||