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![]() Tribu message reçu le 5 juin 2001 |
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Nous ne vous dirons pas où ils vivent.
Nous ne vous dirons pas le nom du village et comment y aller. Trop c’est trop.
Dans toute la province de Chiangmaï, les tribus sont utilisées par
les agences de voyage pour attirer les touristes reluquers.
Les femmes aux cous enfermés dans leur carcan de colliers ont été photographiées et leur image vulgarisée par un marketing poussif. Il est facile d’aller les observer, ces femmes au long cou, mais nous n’y sommes pas allés. Nous sommes allés dans la direction opposée et avons passé quelques jours dans une famille de Lahu Noirs. On les appelle les Lahu Noirs, car il y a aussi les Lahu rouges, Blancs, ou Jaunes. Ceux-là ne sont pas profondément pessimistes, ils s’habillent simplement de tuniques noires. Nous sommes arrivés pendant le festival Bouddhiste de Songkran, qui correspond au Nouvel An. Notre hôte, le chaman du village, était en train de bénir les maisons et leurs habitants : chaques familles avait construit une miniature de leur maison en bambou et feuille de bananier. A l’intérieur, des veilleuses brûlaient à l’huile de noix de coco. A coté de leur maison en bois, ils avaient construit des arches de bambou, juste assez grandes pour permettre le passage d’un adulte en baissant la tête. Le chaman a fait une bénédiction et tous les membres de la famille ont du passer sous cette arche. Puis tout a été plié, détruit et jeté sur la route où d’autres arches un peu plus grandes avaient été construites. Toute la population du village, environ 300 adultes, s’est faufilé sous cette arche, en crachant sur le sol une fois de l'autre côté. Le but était de préserver les maisons, les foyers et le village de l’influence maléfique des mauvais esprits, car ce peuple est animiste : ils croient au pouvoir spirituel de chaque chose existante, plante, roche, animal, champ,… Tout contient un esprit qui doit être apaisé, encouragé, ou combattu, selon les besoins du moment ou l’humeur de l’esprit en question. Comme beaucoup de polythéistes, ils croient finalement en un seul Dieu, appelé " Geusha ". Le soir, ils se blottissent autour du feu et le salon/chambre/salle à manger est rempli de fumée âcre. Pour dîner, ils mettent poisson, herbes et épices dans un bambou creux. Une fois fermé par une feuille de bananier roulée en boule, il est placé près des braises. C’est vraiment pas très bon, mais il faut essayer au moins une fois ! Le village a l’électricité depuis peu, mais ils ont la sagesse de ne pas avoir de poste de télévision. Grâce à cela, ce monde étranger de jeux télévisés, de programme de variétés reste à la porte, et autour du feu, des histoires sont toujours racontées, et des chansons sont toujours chantées. Le chaman a fabriqué ses propres instruments de musique, avec des bambous de tailles différentes, tenus par des liens faits d’écorce d’arbres. La nuit, l’air silencieux des montagnes s’emplit de l’appel plaintif de ces beaux instruments appelés atha, nous, nozileh, tchayu et tolem. Le matin, on grimpe pendant une demi-heure le long du pic derrière le village pour accéder aux jardins (Képatou !) nichés sur un vaste plateau, escarpé sur ses bords. La montée est raide, et ce n’est pas une partie de plaisir de porter la nourriture des cochons, c’est à dire des troncs de bananiers fraîchement coupés, plein d’eau et de sucre, lourds d’inertie. Ils seront hachés fin et mélangés à de la farine, puis déversés dans les auges en troncs d’arbres des truies et de leurs marcassins. Autour des élevages installés sur la terre rouge du plateau, les villageois cultivent les terres qui descendent comme une glissade qui n’en fini pas, elles remontent subitement vers des pics recouverts de forêts de bambous. L’énergie des Lahus est modelée par ce paysage. Mais même ici le tourisme a laissé sa marque. Les hommes des tribus s’habituent à l’agent facile drainé par les touristes. En voyageant, nous avons parfois l’impression que la dernière frontière a déjà été franchie et pourrie par des mains indélicates. Comme Malana en Inde, comme Bam en Iran, comme le Pakistan, nous pouvons seulement dire au monde : allez-y maintenant, mais n’y laissez pas vos empreintes ! |
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