Le centre de la Thaïlande a les pieds dans l’eau. Elle est retenue sur
ces basses terres entre le Golfe de Siam et l’Océan Indien. Une des manifestations
physiques est que des régions entières sont sillonnées par
des canaux qui remplacent les rues, et cela se vérifie aussi à Bangkok
où les canaux deviennent de véritable trajets de lignes de bus.
Il y a deux marchés flottants célèbres dans la région,
celui de Bangkok a plus de touristes que de poissons, nous l’avons donc évité.
Il y a aussi le marché de Damnoen Saduak, à une centaine de kilomètres
au sud de Bangkok. Même s’il est devenu une affaire très touristique,
nous y avons passé un moment inoubliable. Il est vrai que les étals
de camelote de mauvais goût brisent un peu le charme.
Mais la magie est là. La douce progression des barques, les étals
de fruits qui défilent en glissant, les barques où l’on peut commander
de délicieuses soupes de nouilles, tout cela est un vrai délice.
En garant notre voiture, nous avons rencontré Anant (dont le n°
de téléphone est le suivant :(032) 346106), qui dirige
une association d’éco-tourisme. Il nous a parlé des autres
marchés, les moins connus.
Il faut être juste, ils ne sont pas totalement inconnus puisque le Lonely
Planet, notre bête noire ou notre meilleur ami (selon les cas), les cite.
Mais on ne peut pas s’empêcher d’être découragé en se
rendant compte que ces marchés n’ont lieu que certains jours, qui varient
en fonction des lunes croissantes ou décroissantes… le seul moyen est de
dégotter un calendrier lunaire, ce qui ne résout pas le problème
de savoir où ils se trouvent, le 8e jour de la lune croissante
par exemple.
Anant savait tout cela puisqu’il habite dans le coin, il a sortit son calendrier
lunaire et nous a dit que le prochain aurait lieu deux jours plus tard. Il fallait
venir la veille pour être prêts à décoller dès
6 heures du matin.
Pendant ce temps, un autre miracle se préparait ailleurs. Un simple clic
sur votre souris vous propulsera à Aqaba
en Jordanie, où nous avons rencontré Eric et Violaine, un couple
de français un peu " maboule " puisqu’ils traversent
la planète à vélo. Ce ne fut pas une mince affaire de se
retrouver à nouveau. Les seules nouvelles que nous avions reçu d’eux
venaient du Pakistan : un
e-mail qu’ils avaient envoyé depuis la boite aux lettre d’un ami. Pour
des raisons inconnues, les autoroutes du cyberespace étaient bloquées.
Nous ne pouvions pas communiquer et nos lettres nous étaient systématiquement
renvoyées.
De Bangkok, nous avons posté une carte postale aux parents de Violaine
à Lyon, qui la firent suivre … à Bangkok où ils s’étaient
fixés pour un temps ! Nous nous étions loupés pendant
plus d’un an à cause d’un tas de coïncidences, toutes plus bêtes
que les autres. Quand nous avons enfin pu retracer nos pas, nous nous somme rendus
compte que nous avions été sur la même île en même
temps en Thaïlande, dans la même rue en Malaisie,
et dans le même bâtiment cinq mois plus tôt en Inde…
l’ambassade de France à New Delhi !
Chers lecteurs, veuillez excuser cette somme de détails. Mais il faut comprendre
combien c’est important pour nous de rencontrer des gens de mêmes inspirations
et vibrants des mêmes ondes sur cette longue et étrange route. Eric
et Violaine, Philippe et Laure, Cécile de Bhuj…
tous si précieux et si rares.
Tout cela pour dire que lorsque nous sommes retournés aux marchés
flottants, il y avait deux couples. Anant a ouvert tout grand sa maison pour nous,
nous offrant chambres, repas, Terminator 1 en DVD…
Tôt le lendemain matin, nous étions debout. Bien avant l’aube,
lorsque la terre sent encore la fraîcheur et la verdure.
Nous appréciions à leur juste valeur l’odeur du café,
le silence, et les timides premiers chants des oiseaux.
Le trajet traversait des villages, les cocoteraies ponctuaient le paysage,
les femmes se lavaient les cheveux en s’immergeant dans l’eau verte.
Dans les marchés, les centaines de barques glissaient doucement, conduites
par de vieille femmes à la bouche rougie par le pan. Elles portaient des
chapeaux de paille surélevés pour laisser passer l’air frais de
la rivière, tout en les protégeant du soleil. Ces grand mères
assises en tailleur bavardaient, le petit dernier de leur fille sagement calé
entre leur jambe.
Une barque s’est approchée, c’était un jeune moine bouddhiste
qui collectait les offrandes des fidèles. La femme d’Anant nous avait préparé
des petits sachets de nourriture.
La lumière du levant ricochait sur l’eau, on s’est délecté
de soupes de nouilles, on a goûté au gâteaux jaunes cuits à
la vapeur, on planté nos dents dans les pastèques…
Magique.
Mair