La mer de Galilée n'est mentionnée que trois fois dans la Bible Hébraïque,
une fois dans les Nombres et deux fois dans le Livre de Joshua. Chaque
fois, la mention est territoriale, le grand lac du Moyen Orient étant
utilisé comme les chênes l'étaient autrefois dans les anciens actes
notariés français, pour délimiter la propriété.
Ce lac brille par sa clarté et par la fraîcheur d'un bleu profond de ses eaux
dans une terre qui meurt de soif en été. Quand le soleil brille sur la Galilée,
il peut devenir cruel et les 4000 millions de mètres cube d'eau tenus en suspension
dans le Nord d'Israël paraissent un vrai miracle contre la gravité.
J'imagine que pour les Chrétiens, le calme bleu et cristallin du lac est un comme
prémisse du Salut.
C'est de ces eaux que Jean le Baptiste, Yohan nan Ha-Matbil, baptisait les parias
; les eaux abondantes du Jourdain contrastant avec son maigre régime de sauterelles.
C'est de ces eaux que Shimon de Tzeida, plus tard appelé Saint Pierre, tira subsistance
et exemple.
C'est ici que Yéshu appela ses amis à devenir pêcheurs d'hommes plutôt que de
simples pêcheurs de poissons.
La Mer de Galilée a une importance centrale et est devenu un symbole de foi :
si on ose simplement croire comme Shimon dans la tempête, alors on peut à son
tour marcher sur ses eaux. Marcher sur les poissons, marcher sur les vagues. Vous
aussi, dit l'histoire, pouvez atteindre et goûter l'eau vraie de la Mer de Galilée,
l'eau de l'esprit. Cet étrange jeune homme de Nazareth a sillonné le Nord après
être né dans l'ambiance sélect et snob de la Judée ; la Galilée avait toujours
été un nid pour les marginaux, les voleurs et les rêveurs.
Pas très loin des lèvres de la mer, sur les hauteurs dévoilant une large vue,
dont le triste Golan volcanique et venteux, Yéshu s'est assis pour se reposer
au sommet d'une colline pelée. L'histoire dit qu'une multitude de Juifs se trouvait
autour de lui, une multitude de Juifs venus ici pour entendre le Rabbi. Le nom
de la colline en Français est le Mont des Béatitudes ; en Hébreu, Har ha'Osher,
la Colline de la Joie.
Il entonna une prière hébraïque dite dans toutes les synagogues à travers le monde,
à cette époque et depuis.
Ashrei, heureux sont ceux. Ashrei, heureux sont ceux habitent dans Ta maison...
Les mots coulaient en grappes, le message tournant et ricochant dans sa bouche
comme un appel aux armes, à saisir les armes de l'esprit. Ashrei, heureux sont
les oppressés, les pauvres, les opprimés. Heureux sont les Galiléens luttant pour
leur pain sur cette terre hostile et belle, heureux sont les charpentiers manquant
de bois, heureuses, les mères dont les enfants sont nés malades, heureux, les
lépreux cherchant leurs membres. Heureux. Ashrei.
Rapidement, ce Juif triste appelant au bonheur a coincé ses doigts dans la machinerie
du Temple et de l'occupant Romain et s'est retrouvé crucifié, comme beaucoup d'autres
Juifs tristes à cette époque. Le message a été répandu et a été malheureusement
déformé, devenant inspirateur de haine.
Les Humains ! Quel cauchemar ! Deux mille ans plus tard, le descendant spirituel
de Shimon de Tzaida a volé sur la compagnie El-Al vers la Terre Sainte, la Terre
Promise des Juifs, pour faire la paix avec les descendants de Shimon et Yeshu.
Tous les jours, j'achetais les journaux et je regardais la télévision pour voir
comment les gens réagissaient face à un Pape dont l'Eglise n'évoque pas exactement
un souvenir doux et chéri.
En Israël, nous étions joyeux à l'idée de le voir et heureux de recevoir son message.
Dans ce pays, il nageait vraiment à contre-courant, venant de Rome via la Pologne
de maudite mémoire...
Les gens ici racontent une blague sur un Pape qui serait venu en Israël pour parler
à Dieu, en profitant de l'appel au tarif local.
Le Pape choisit le Mont des Béatitudes pour dire la messe un vendredi matin.
Marie-Do et moi nous sommes réveillés tôt pour marcher jusque là, puisque nous
campions à Roch
Pina, quelques kilomètres plus haut sur la même route. La route était merveilleuse,
c'était une matinée douce d'un jour pluvieux, les routes avaient été fermées
pour le trafic non local.
A Har Ha'Osher, environ 100 000 Chrétiens, Juifs et Musulmans s'étaient rassemblés,
et nous nous sommes rapidement trouvés assis dans la boue au milieu d'un groupe
de pèlerins espagnols.
La star du show a mis un moment à arriver, mais il est finalement apparu, la papa
mobile perçant la foule. De loin, je pouvais voir la silhouette familière, le
vieux corps voûté drapé de blanc alors que la Mercedes blindée se faufilait vers
la scène. Les gens chantaient et dansaient. Il y avait des drapeaux,
des tambourins, des guitares, certains entamaient une danse simple en rond.
Trois pas et les mains claquaient, puis trois pas en arrière. Les mots de la chanson
étaient en Latin je suppose, cela parlait de la Galilée ; et je les comprenais
bien puisque c'est mon Pays préféré, la Terre de mes rêves.
Au milieu de la messe, les prêtres
habillés de blanc sont montés au milieu de la foule pour donner la communion,
c'était poignant de les voir, grimpant les pentes boueuses en tenant leur chasuble
au dessus de leur basket, leur calice d'argent dans les mains.
C'était étrange de voir tous ces visages du monde chrétien ici, et d'essayer de
deviner qui était le joyeux prêtre Irlandais et qui était le stricte théologien
romain. J'ai essayé de me mettre dans la peau d'un croyant, moi qui crois de moins
en moins, et j'ai été ému par le spectacle du Verbe fait Chair et transformé pour
être distribué aux foules puis médité par elles.
Après sa visite dans la Galilée, le Pape s'est dirigé à nouveau vers Jérusalem.
Les israéliens ont regardé silencieusement la scène où il se recueillait au Mur
des Lamentations. Ce vieil ami était le bienvenu chez nous.