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![]() Tabriz II, ou La gentillesse d'étrangers. |
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Mais c'est la règle en Perse, 99% de la population est chaleureuse, adorable et bienveillante, et souffre du pouvoir exercé par l'autre 1%. Même les Mollahs rencontrés dans la cour d'une école religieuse à Chiraz étaient plutôt sympathiques ! Ils n'avaient rien à prouver, et l'ont prouvé. On ne compte plus les fois où l'on a été invités à dîner, à déjeuner, ou à quitter notre hôtel pour être hébergés chez une famille. A Tabriz, nous n'étions pas seulement bloqués par l'appareil photo confisqué : une grosse fuite provenant des environs du radiateur d'East of Eden menaçait de transformer la traversée de l'Iran en vrai cauchemar. Sous la voiture, en face du beau Park Hotel, une grande flaque verte de liquide de refroidissement grossissait comme un monstre dans un vieux film, je ne voyais pas d'où cela pouvait venir. Pas de tuyau percé, pas de fuite du radiateur, rien. Le liquide coulait directement du moteur lui-même. Tout ça puait le joint cassé, le scellage défectueux, je n'avais aucun moyen de le réparer et le lendemain c'était dimanche, on était dans la mouise jusqu'au cou. Le lendemain matin, nous avons pris la Range aussi doucement que possible pour descendre la rue Ayatollah Khomeyni, en passant par la place des Martyrs puis à gauche sur le boulevard de la Palestine (je n'invente rien), jusqu'au quartier des garages qui se trouve dans toutes les villes du monde. L'endroit était fermé comme une tombe et le seul type que je trouvais en savait autant sur les radiateurs que moi sur l'influence des particules subatomiques sur le pèlerinage à La Mecque. C'est là que nous avons rencontré Davoud, qui parlait un peu d'anglais et bien que nous ayons rapidement été entourés par un groupe de curieux, nous avons pu communiquer. Au milieu, il y avait un Paseji qui après avoir jeté un coup d'oil à la voiture a décrété qui nous étions des terroristes Canadiens. Oy gevalt ! Mais tout le monde est donc fou dans ce pays ? Davoud m'a glissé discrètement : « Les Canadiens ne sont pas des terroristes. Ce sont les Iraniens qui le sont.» Le soleil approchait déjà de son zénith et il était presque l'heure de déjeuner, Davoud nous a invités pour un lunch chez lui. C'est là que nous avons rencontré son adorable famille qui a beaucoup souffert depuis la révolution islamique. Une fois rentrés dans la maison, ils ont proposé à Marie-Do d'enlever son tchador tout comme les autres femmes et nous avons appris leur histoire. Le frère de Davoud avait été pendu à la révolution, Davoud lui-même avait été emprisonné et torturé. Leur grand rêve était de s'enfuir du pays et d'aller au Canada, ils vivaient déjà là-bas en pensée. C'était cruel, parce qu' étant donné le niveau de leurs finances et l'expérience professionnelle de Davoud, ils n'avaient objectivement aucune chance d'être acceptés pour immigrer au Canada. La voiture a été réparée. Un voisin de Davoud mécanicien a repéré la fuite, ressoudé les conduits usés et re-vérifié le système électrique pour 5 dollars. Nous voulions inviter à dîner Davoud et sa femme, une infirmière qui avait été mise à la porte pour avoir laissé courir le bruit qu'elle voulait immigrer au Canada, avec leur fille - une adorable petite fille qui m'a beaucoup rappelé Cléa. Mais il n'en était pas question pour eux. Ils ont proposé d'aller pique-niquer au parc d'attractions Al-Goli ; le soir même, nous nous asseyions au bord d'un lac pour manger des feuilles de vignes farcies avant de sauter sur les manèges du parc. Nous avons grimpé sur des pédalos à tête d'animaux, je me suis assis à côté de la petite fille qui criait en anglais « J'ai peur ! Oh mon Dieu ! », la moitié du jeu était de crier en faisant semblant d'avoir peur. Nous avons ensuite pris un petit train fantôme, un gros monstre en plastique nous attendait dans le tunnel, le monstre n'a pas bougé au passage du train mais tout le monde a crié quand même. On était ravis. Davoud et sa famille avaient réussi à oublier pour quelques heures qu'ils vivaient dans un pays fasciste et j'avais le plaisir un peu amer de passer du temps avec une petite fille qui me rappelait tellement la mienne. Quand le tour s'est terminé, Davoud s'est assis à côté de moi, un sourire allant d'une oreille à l'autre. « Toronto » a-t-il dit, et j'ai vu qu'il pleurait. Il n'y a rien que je puisse faire pour aider Davoud à aller au Canada. Je ne suis même pas un résident et je n'ai pas $400,000 pour le faire entrer dans le pays. Je ne peux même pas publier sur le site les photos que j'ai pris de lui et de sa famille assis dans ce petit train, sa fille les bras tendus en l'air dans une joie hystérique, ce serait trop dangereux pour eux. |
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