Chiraz était connu pour son vin, si bien célébré par le poète Hafez. Il n’y a plus de vin à Chiraz aujourd’hui. Dans la campagne alentours on peut admirer de magnifiques vignes, on peut acheter du raisin délicieux dans les marchés. Mais il n’y a plus de vin. Un pan entier de Chiraz est mort.
East of eden France Italie Grèce Turquie Syrie Israel Jordanie Iran Pakistan Inde Thaïlande Malaisie Laos Viêt-nam Motifs Exposition Nos liens

Vous êtes dans : Sommaire > Moyen-Orient > Iran > Chiraz.

Cliquez pour voir la carte de l'Iran
Chiraz



Galerie images

Bam
Hamadan
Trabiz
Trabiz II
Ispahan
Hors pistes 
Art islamique
Chiraz était connu pour son vin, si bien célébré par le poète Hafez. Il n’y a plus de vin à Chiraz aujourd’hui.

Dans la campagne alentours on peut admirer de magnifiques vignes, on peut acheter du raisin délicieux dans les marchés. Mais il n’y a plus de vin. Un pan entier de Chiraz est mort.

Et pourtant, nous avons goûté au vin de Chiraz. Nous avons même goûté à l’eau de vie de Chiraz. Nous avons eu le rare privilège de rentrer à notre hôtel à minuit complètement pompettes, en respirant la grâce de Chiraz. En toute légalité.

Il n’est pas si facile d’entrer dans une synagogue en Iran. Le régime islamique y interdit l’entrée de non-juifs. Dans la synagogue principale, le chef du " Comité juif " (cela vous rappelle-il quelque chose ?) m’a demandé une lettre d’introduction du gouverneur attestant que j’étais juif. " Qu’est-ce que c’est que ces histoires ? ", ai-je demandé, " Depuis quand un Juif a-t-il besoin d’une lettre d’un Musulman pour prier dans une synagogue ? " En récitant le "Et vous aimerez… " en hébreu, je l’ai convaincu de mon pedigree.

Mais cette synagogue n’autorisait pas l’entrée aux femmes le vendredi soir par peur d’attaques de fondamentalistes (on ne peut pas faire confiance à la police qui est sous le contrôle de Khameini et non de Khatami). Nous avons donc été dirigés vers une autre synagogue. A la sortie, un homme m’a glissé : " Revenez prier demain matin ; cette balance ne vient jamais le samedi matin. "

Un jeune homme nous a donc accompagnés sur le chemin (il y a seize synagogues à Chiraz), il nous a parlé des treize personnes emprisonnées qui sont des professeurs d’hébreu, des marchands, des rabbins, ou même un garçon âgé de 18 ans (il avait 13 ans au moment des " faits ").

Ils sont accusés d’espionnage pour Israël. Les professeurs étaient ses professeurs, et le garçon son voisin de classe. L’idée que le Mossad engage des gens aussi visibles que des Juifs iraniens pour espionner est ridicule, surtout des professeurs d’hébreu ou des circonciseurs !

Le message est clair : " Partez ! " Et pourtant ils restent. Certains attendent que leur fils termine son service militaire (imaginez être un Juif dans l’armée d’une république islamique…), mais la plupart attendent la venue du Messie.

Vendredi soir nous avons été invités chez B. B a vécu en Israël puis est revenu en Iran pour s’occuper de ses parents malades, juste avant la révolution. Il est resté coincé là-bas depuis. Sa femme le supplie tous les jours de partir en Israël. Ils ont déjà une fille à N.. et leur fils se fait battre dans son collège. B, qui travaille dans un service de r.., est soupçonné par ses collègues d’espionner pour l’ " Entité Sioniste ".

B faisait aussi une excellente cuvée et nous avons copieusement profité de son vin de Kidouch… Avec son hébreu approximatif, il nous a dit qu’il attendait un signe de Dieu pour partir. " Ton fils se fait battre à l’école, tu es sur la liste du prochain procès et tu attends un signe ? Mais c’est moi, ton signe, B ! Sors de ce pays maintenant ! "

Le samedi matin était fantastique, c’était presque difficile de maintenir l’ordre dans la synagogue car tout le monde voulait me parler. J’ai été invité à monter à la Torah et à m’asseoir à côté d’un rabbin qui n’avait pas encore été arrêté.

Du point de vue de la liturgie, les Juifs de Chiraz sont assez particuliers. Je n’avais jamais entendu un service comme celui là, pas même à Hamadhan. Les mots et les phrases étaient accentués sans relation avec leur sens, comme si quelqu’un avait souligné des mots dans le texte pour s’amuser, avec un sens du rythme surréaliste… Le chant était étrange, et pourtant mélodieux et captivant.

Tous les samedis soirs après la sortie du Shabbat, les Juifs de Chiraz se retrouvent pour un pique-nique dans un parc appelé Chamran Goal Khouré. Nous étions bien sûr invités.

Nous avons passé notre seule journée à Chiraz à visiter mosquées, bazars et mausolées, puis nous avons retrouvé la communauté à la synagogue au coucher du soleil pour accompagner la sortie du Shabbat et accueillir la nouvelle semaine.

Ce fut Le Pique-Nique des pique-niques et une vision unique sur une communauté menacée et apeurée, et pourtant fortement liée.

Si le régime ne change pas, cette communauté ne perdurera pas longtemps. Ils seront chassés et persécutés jusqu’à ce qu’ils soient obligés de partir.

Contrairement à Hamadhan, on nous a demandé de ne prendre de photos de personne, nous avons uniquement photographié la synagogue qui n’est pas particulièrement belle.

Vous pouvez donc voir une photo des rouleaux de la Torah, une grande mosquée, Marie-Do ayant l’air complètement " tsnius " (modeste, en Yiddish), deux Mollahs qui ont l’air d’avoir absolument raison à propos de quelque chose, le Palais de Justice où le honteux procès des 13 a eu lieu, et Marie-Do fumant le narguilé dans un salon de thé près de la tombe de Hafez.

  Post Script Om :

Quelques-uns des 13 Juifs ont été condamnés à 15 ans de prison, d’autres acquittés. Je me demande qui a eu la plus lourde sentence, le professeur d’hébreu ou le rabbin ? Le garçon de 18 ans ou le marchand ? Aux nouvelles, nous avons entendu qu’Israël considérait sa réponse, mais la réponse ne peut venir que des Juifs iraniens eux-mêmes. Ils vivent tous à distance de voiture d’un aéroport.


  Retour à la page precedente



votez pour ce site au weborama
 


 
  © eastofeden.com.fr - tous droits réservés eastofeden 1999/2005 - All rights reserved eastofeden 1999/2005