Bam. L'Iran est rempli de petits villages de terre d'une grande poésie. Ils peuvent éclore devant vous et s'effacer aussi rapidement. Ils ont des puits, bien sûr, mais peu d'arbres pour s'abriter du soleil cruel. Les maisons sont construites autour d'une cour centrale dont les murs sont de boue, avec des brins de paille mélangés pour plus de solidité.

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Bam



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L'Iran est rempli de petits villages de terre d'une grande poésie. Ils peuvent éclore devant vous et s'effacer aussi rapidement. Ils ont des puits, bien sûr, mais peu d'arbres pour s'abriter du soleil cruel. Les maisons sont construites autour d'une cour centrale dont les murs sont de boue, avec des brins de paille mélangés pour plus de solidité.

Le paysage défile ainsi, des déserts ponctués de villages de terre, avec leur mosquée en terre et leur caravansérail en terre. Les hommes se déplacent dans les ruelles en vélo (tous les véhicules à deux roues sont interdits pour les femmes en Iran, sauf en tant que passagères), la chaleur affaiblit l'esprit.

C'est ainsi que l'on arrive à Bam. Bam est la quintessence de la ville de terre et fut abandonnée il y a 500 ans par tous, sauf par le vendeur de tickets (15 000 vertigineux Réals pour une visite, alors que la ville en mérite deux). La ville a dû abriter jusqu'à 30 000 âmes à son apogée. Elle est dominée par une grande citadelle aux murs de boue du haut de laquelle on a une vue magnifique sur les montagnes environnantes, arides et inquiétantes comme des os blancs, avec cette drôle d'oasis qui semble avoir été jetée au milieu.

C'était comme si le désert avait lancé un défi au genre humain : « là, il y a déjà une oasis, pourrez-vous me conquérir tout entier ? » L'homme a répondu « oui », les oasis sont devenues des îles vertes majestueuses, et le désert environnant a été lentement apprivoisé.

Mais le vrai charme de la vieille ville, ce sont les ruines. Des quartiers entiers ont été abandonnés au vent et aux pluies occasionnelles, on les dirait faits de sucre roux. Les toits ont fondu depuis longtemps, laissant quelques arches apparaître. Dans les allées menant au bazar, on imagine les prêtres zoroastriens, les marchands, les filles de joie, tous vacant à leur occupations quotidiennes.

Le coucher de soleil est digne de l'Iran tout entier, avec des rouges, des violets, des oranges. Et on se demande si on les a vraiment vus ou si on est devenu fou en emportant le paysage dans sa folie.

La ville nouvelle de Bam est également faite de boue, avec des maisons ceinturées de hauts murs de terre protégeant des jardins de palmiers et de vignes. Le Lonely Planet recommande « the Legal Guest House », mais c'est un trou étouffant et Philippe et Laure se sont plaints d'avoir été piqués par des puces toute la nuit. Nous avons logé à l' « Akbar Guest House », un peu plus loin dans la ville. Les chambres entourent un jardin en contrebas, les palmes frémissent à la moindre brise avec beaucoup de grâce.

Akbar, son fils et son neveu sont merveilleux, et je ne remercierai jamais assez Akbar pour son hospitalité et son invitation chez lui la veille de l'anniversaire de Marie-Do. Nous y avons rencontré sa femme. Il nous a fait découvrir de nouvelles facettes de la culture iranienne. Je lui dédicace donc ce poème :


O
merveilleuse et douce marche
de nuit
les palmiers chantent
des airs printaniers
rues étroites
murs de boue
les brins de paille
miroitant sous
les étoiles si vieilles.

la grâce de leurs
bras fins
femmes
agiles et sages
dans la nuit
debout et attendent,
justifiés.

intérieurs de jardins
de brune
intimité
ils poussent
grandissent
grossissent, forts et heureux
leurs fruits joyeux
biens de paradis
lourdes branches.



Depuis Bam, nous avons continué plein Est, la voiture ré-aménagée pour prendre Philippe et Laure avec nous, un couple de Français rencontré à Ispahan (Esfahan).

Nous avons roulé en direction du Pakistan. Arriver à Zahédan, c'est comme arriver dans un autre monde. Bien que toujours officiellement en Iran, cette ville est le domaine presque exclusif des Baloutchis. Toute la région s'adonne au trafic de drogue et de pétrole, et le désert est animé par les courses entre les dealers et l'armée, tous montés dans des jeeps à mitraillette, comme des Rats du Désert pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

On dit que Zahedan est si dangereux que votre voiture peut être cambriolée alors que vous mangez tranquillement votre kébab. Nous avons donc décidé de rallier la ville suivante, Mir Javeh, qui se trouve juste sur la frontière et a la réputation d'être plus sûre. Le coin était certes plus sûr, mais l'hôtel, le Mirjaveh Inn était un vrai trou, sale et cher, un nid à cafards de race supérieure et abritant un personnel d'une incompétence rarement égalée.

Le jour suivant, nous devions traverser une nouvelle frontière et entrer au Pakistan. Une fois encore nous allions vivre la découverte d'une nouvelle langue, d'une nouvelle monnaie, d'une nouvelle cuisine, d'une nouvelle population ; tout ce qui fait qu'un voyage devient une aventure frissonnante et vivifiante, une façon de vivre. C'était l'anniversaire de Marie-Do et elle était un peu triste de n'avoir pas de vin pour faire la fête, et d'avoir à partager l'événement avec des cafards. Mais Philippe, Laure et moi lui ont promis que pour notre première nuit au Pakistan, quoi qu'il arrive, il y aurait de la bière pour son anniversaire.
Et il y en a eu !


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