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![]() Spiti message reçu le 27 octobre 2000
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Les temples hindous ont disparus, ainsi que leurs mausolées ornés de dieux effrayants et d'images vengeresses, plus de regards vides, plus d'essais perpétuels pour tenter de vous voler. Vous n'êtes plus en Inde, ici : vous êtres en Asie, bien plus profondément que vous n'aviez osé le rêver. Les visages se transforment et deviennent plus vivants, plus ronds ; les yeux s'étirent et sourient ; les gens ouvrent leur maison et leur cœur. Mais avant que je ne devienne trop dur sur l'Inde, il faut que je dise que si nous avons tant aimé le Spiti et si bien vu les gens, l'art, la culture et la religion, c'est grâce à un indien. Amol est un des rares voyageurs sac au dos que nous ayons rencontré, un homme qui a pris le pays par les cornes et qui l'aime comme une jeune mariée. Il peut voyager en camion, bus, train ou âne, uniquement pour jeter un coup d'œil à un panorama unique ; sa connaissance du pays est encyclopédique. Un bon voyageur est dur à trouver, et Amol est aussi un type formidable. Les routes sont un défi. La distance entre Manali et Kasa n'est que de 170 km, mais le trajet en bus dure 12 heures. Si les cols à plus de 4500m sont magnifiques et les cantines routières exotiques, les routes vous font vous demander pourquoi la gravité paraît ne plus fonctionner puisque votre bus devrait logiquement déjà se trouver au pied des ravins sans pitié. 12 heures exténuantes vous mènent à Kasa, et votre première rencontre avec le Tibet et ses maisons aplaties, blanchies à la chaux ; ses habitants agréables, et son mal des montagnes. L'oxygène est tellement rare qu'on a l'impression que grimper jusqu'en haut de la petite colline pour rejoindre la guest-house c'est comme participer aux jeux Olympiques ! Le lendemain, nous sommes allés à Kibar, connu pour être le plus haut village d'Asie (4205m), bien que l'on puisse voir à l'œil nu un autre village plus élevé sur la colline d'à côté. Une cinquantaine de maisons blanchies à la chaux en demi-cercle, leurs fenêtres entourées de noir comme de mascara, du fourrage séchant sur les toits à côté de haricots et de tomates pour l'hiver. La fumée s'élève doucement des foyers dans le ciel pâle et matinal. Le soir, les ciels sont bleus marine, un bleu lourd digne de Van Gogh. Un bleu pour rendre les oiseaux joyeux. Notre plus grande surprise a été le monastère de Tabo, à deux heures à l'Est de Kasa. Un endroit calme mais aussi propice aux rencontres, puisque c'est à Tabo que nous avons retrouvé des gens rencontrés précédemment dans la vallée. C'est donc ensemble que nous avons exploré les anciennes chapelles, les grottes recouvertes de fresques et les paysages des alentours. Spiti sera toujours pour nous le lieu des montagnes nues et des rencontres fertiles. Une terre où les nuages s'assoient aussi légers que des Dieux sur des pics montagneux, une terre où c'est presque toujours l'hiver. Une terre où les moines en robe safran volent de méditations en salle d'étude, un sourire dans les yeux de l'âme. Quitter le Spiti était moins drôle. Le bus de 5 heures du matin de Tabo à Manali s'est arrêté à Kasa pour prendre des passagers, et soudain, ce vieux bus à moitié vide est devenu totalement bondé. Bondé à craquer. Ils étaient pressés comme des vers. Moines, vieilles femmes, hommes portants des colis, mères portant des enfants en pleurs. Ils devaient voyager comme cela pendant 12 heures éreintantes et comme il faisait encore froid à l'extérieur, les vitres étaient fermées et l'air dans le bus était irrespirable. Nous avons roulé 8 kilomètres comme cela. Amol et Greg étaient assis en face de nous, et soudain, j'ai vu les yeux de Marie-Do comme frappés de terreur. La none tibétaine sur ma droite était sur le point de vomir. Et elle se retenait… elle se retenait, attendant qu'on lui ouvre la fenêtre. La fenêtre était bien sûr bloquée. C'était inévitable. Avec ma main dans ce plâtre, j'étais totalement inefficace, Marie-Do et Greg se sont donc battu avec les vieux loquets coincés. La fenêtre s'est élevée juste assez et juste à temps pour que la none se projette en avant, expulsant la majorité de sa marchandise à l'extérieur et quelques résidus à l'intérieur. C'était plus que nous ne pouvions supporter. Nous sommes descendus du bus, avons récupéré un peu de notre argent et avons petit déjeuné, un œil sur les sacs à dos, pendant que Amol et Greg retournaient à pied à Kasa pour louer une jeep. Ils sont revenus avec une vieille jeep pleine de trous dans son chassie (parfait pour la poussière) et un chauffeur allergique à la vitesse. Nous nous étions tous réveillés à 4 heures du matin et sommes arrivés à Manali - 178 km plus loin - à 11 heures du soir. Tout cela est inoubliable pour nous. Et au fond, les déboires des voyages sont ce qui font les voyages ! |
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