C'est lorsque l'on pense que l'Inde ne peut pas être plus bizarre que l'on tombe sur un endroit qui fait butter notre cortex cérébral sur une étrangeté de plus, Malana. Malana est un petit village niché à six kilomètres au-dessus de Jari, dans la vallée de la Parvatti. Un barrage est en train d'être construit près de Jari, on peut donc conduire jusqu'en haut du projet et y laisser sa voiture.
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Malana

message reçu le 27 octobre 2000


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30 sept. 2000
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C'est lorsque l'on pense que l'Inde ne peut pas être plus bizarre que l'on tombe sur un endroit qui fait butter notre cortex cérébral sur une étrangeté de plus, Malana.

Malana est un petit village niché à six kilomètres au-dessus de Jari, dans la vallée de la Parvatti. Un barrage est en train d'être construit près de Jari, on peut donc conduire jusqu'en haut du projet et y laisser sa voiture. Après cela, il faut grimper sur un sentier escarpé pendant trois heures le long de la rivière et à travers la forêt, jusqu'en haut de la montagne.

La montagne de Malana. Si certains endroits en France, par pur miracle, produisent les meilleurs vins, les plus excellents fromages, ou les plus succulents poulets ; tout en haut de la vallée et sur les pentes de la montagne de Malana, un microclimat produit la plus plantureuse des plantes de cannabis de l'Inde.

Elle pousse à l'état sauvage, ce n'est après tout qu'une mauvaise herbe. En approchant, on voit des pieds atteignant jusqu'à 3 ou 4 mètres de haut, leurs pieds aussi épais que des bambous.

La vraie surprise à Malana, ce n'est pas la végétation mais les gens. Grâce à son isolement géographique, ses habitants ont gardé une tradition dont certains disent qu'elle était de rigueur dans toute l'Inde avant le Raj. Cette coutume est celle de l'intouchabilité.

En tant que non-hindous et mangeurs de vaches, les étrangers sont considérés comme sans caste et impurs. Il est donc interdit pour nous de toucher qui que ce soit ou quoi que ce soit à Malana. Les villageois ont construit une série de chemins cimentés qui sillonnent le village à l'attention des visiteurs impurs, autrement dit, nous. Tout ce qui est au-delà de l'étroit chemin nous est interdit d'accès. En marchant, on peut voir les locaux venant en sens inverse sauter dans la boue pour éviter tout contact physique. La distance minimum de sécurité est d'un mètre.

En passant quelque temps là-bas, on s'aperçoit qu'à leurs yeux tout est plus propre et plus pur que l'étranger. Un espace sacré près du petit temple était jonché de papiers et de merde de chien, mais s'approchant un peu trop du lieu-dit, les gens se sont mis à crier au scandale pour nous faire reculer.

Le temple principal est un vieux bâtiment en bois, ses murs extérieurs ne portent pas d'idoles ; il y a par contre des dizaines de têtes de cerfs, et des cornes d'animaux clouées sur des vieux panneaux. Le pas de la porte d'entrée était recouvert d'une bouse de vache, dégoulinante comme les montres fondues de Dali. Il y a toujours quelqu'un pour s'assurer que personne d'impur ne s'approche du lieu saint.

L'ironie est encore plus crue (et c'est facilement vérifiable) lorsque l'on se rend compte que les villageois ne se lavent jamais. Mais, Jamais. Depuis le début de notre voyage, nous avons senti des paysans mal lavés, mais ce peuple saint bat tous les records...

Malgré sa situation majestueuse, le village lui aussi est une vraie poubelle. Les ordures sont simplement jetées dans les rues et par les fenêtres sans que personne ne se rende compte que les ordures d'aujourd'hui ne sont plus biodégradables comme celles d'hier.

L'histoire du village se perd dans les mémoires, mais d'après l'avis général des historiens locaux , c'est lorsque Alexandre le Grand (ou Mégalou Alexandrou, comme on a appris à l'appeler en Grèce) s'est avancé vers ces contrées que certains soldats se seraient fixés à Malana. Les villageois de nos jours en seraient les descendants. Il y a quelques indices pour étayer ces idées : des éléphants sont gravés sur plusieurs poutres de maisons et sur le temple, bien que les éléphants ne vivent pas dans cette région. On sait bien que les soldats d'Alexandre utilisaient ces animaux pour traverser les cols traîtres d'Afghanistan pour aller conquérir l'Inde. La plupart des gens ont également les yeux gris-vert, ce qui est rare en Inde…

La plus grosse production à Malana est la " crème ". En période de récolte, les champs se remplissent d'hommes, de femmes et d'enfants tous les jours et toute la journée. Ils cueillent le cannabis en pleine fleur et le débarrassent de ses feuilles puis le roulent dans leurs paumes de mains jusqu'à ce que la résine se colle à la peau. Cette résine, noire et épaisse, couvre leurs mains comme une pâte, elle est raclée à la fin de la journée, au retour à la maison. Cela s'appelle la " crème " et se vend 70 à 700 roupies le gramme, en fonction de la qualité. (60 R = 10 Fr).

Il ne faut pas être Einstein pour se rendre compte que le village est salement riche, et pas seulement sale. La police reçoit beaucoup d'argent sous forme de bakchichs divers et variés : elle est totalement absente de Malana. Le chemin cimenté est également très utile pour contrôler les allées et venues des étrangers trop curieux. On dit que le reste de l'argent est déposé sur des comptes en banque à Mandi ou Manali, produisant gentiment des intérêts sur le capital.

Une chose est sure, l'argent n'est pas utilisé pour ramasser les ordures, construire des égouts, ou des salles de bains avec eau chaude. La saleté de Malana et des malanésiens contrastant avec leur sainteté est difficile à admettre.

L'autre ironie de Malana est que la plupart des gens viennent la visiter après avoir entendu parlé de l'étrange religion de ses habitants. Très peu escaladent ce sentier exténuant de trois heures uniquement pour fumer un pétard, puisque la " crème " est en vente partout ailleurs dans la vallée. Les gens viennent (et il y a déjà 3 guest-house pour les recevoir, tenues par des vrais intouchables) parce qu'ils sont curieux de voir cet endroit intouchable, et c'est cet aimant là qui va transformer Malana.

Lentement, des exceptions émergent, et un jeune homme m'a touché la main, en expliquant qu'il allait de toute manière se purifier juste après. Des adolescents crient " hey, baby ! " aux femmes touristes. Encore une génération et Malana deviendra peut-être un village indien comme les autres.

Allez-y maintenant.



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